Mais c’est qui Acétés ?

Mon nom est Acétés; mon pays, la Méonie; mon père ne m’a laissé que les eaux pour héritage. Très tôt las de vivre, toujours retenu sur les mêmes rochers, j’appris à gouverner le timon, j’observai l’astre pluvieux de la chèvre Amalthée, les Pléiades, les Hyades, la grande Ourse; je connus les maisons des vents et les ports amis des matelots.

Un jour que je naviguais vers l’île de Délos, je fus forcé de relâcher à Naxos : la rame propice me conduit au rivage; j’y descends d’un pied léger, et je foule le sable humide qui le couvre. La nuit venait de replier ses voiles; l’orient brillait des premières clartés de l’aurore: je me lève; je commande aux nautoniers d’apporter de l’eau vive; je montre le chemin des fontaines; et cependant du haut d’un rocher j’observe le ciel, et je recueille la promesse des vents; je retourne au rivage, j’appelle mes compagnons : « Me voici », s’écria le premier Opheltès. Il amenait un enfant d’une beauté ravissante, et qu’il avait surpris dans un champ solitaire : cet enfant semble le suivre à peine; il chancelle appesanti de sommeil et de vin. J’observe l’éclat de sa figure, son air, son maintien; je ne reconnais rien en lui qui soit d’un mortel; je le sens, et m’écrie : « Compagnons ! je ne sais quelle divinité se cache sous les traits de cet enfant; mais, je n’en doute point, ses traits annoncent la présence d’un dieu. Ô toi, qui que tu sois, daigne nous protéger; rends-nous la mer favorable, et pardonne à mes compagnons de t’avoir méconnu ». — « Cesse de l’implorer pour nous », reprend Dyctis, Dyctis de tous le plus agile pour monter à la cime des mâts et pour en redescendre; Lybis, le blond Mélanthus, qui veille à la proue; Alcimédon, Épopée, dont la voix excite les nautoniers, et commande aux rames le mouvement et le repos, tous se déclarent contre mon avis; tant est grand chez eux l’aveugle désir d’une injuste proie ! « Non, m’écriai-je alors, je ne souffrirai point que notre vaisseau soit souillé par un sacrilège; et plus que vous ici j’ai le droit de commander ». Mais je résistais en vain : le plus emporté, le plus audacieux de cette troupe impie, Lycabas, banni de l’Étrurie pour un meurtre qu’il avait commis, me frappe à la gorge d’un poing ferme et nerveux; et si je n’eusse été retenu par un câble propice, je serais tombé sans connaissance dans la mer.

La troupe mutinée applaudit à cette extrême violence. Mais enfin le jeune homme, comme si les clameurs des matelots eussent interrompu son sommeil, et dégagé ses sens de la vapeur du vin : « Que faites-vous ? dit-il, pourquoi ce tumulte et ces cris ? comment me trouvé-je au milieu de vous ? et dans quels lieux prétendez-vous me conduire ? » — « Ne craignez rien, répond celui qui était à la proue : faites-nous connaître les bords où vous voulez descendre, nous vous y conduirons ».– « Tournez, dit le dieu, vos voiles vers l’île de Naxos : c’est là qu’est ma demeure, et vous y trouverez un sol hospitalier ».

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